La boîte aux lettres
No Comments Rewind: le fantasme du journaliste
Le célèbre site américain CareerCast.com, destiné à la recherche de travail et à l’interim, a une nouvelle fois établi un classement des 10 pires jobs de l’année. Et entre les bûcherons, les soldats et les serveurs se trouvent… les journalistes de presse écrite. En cinquième position pour être précis. L’occasion de revenir sur un article que j’avais écrit il y a moins de deux ans sur ce travail que j’ai toujours rêvé de faire et qui m’occupe encore aujourd’hui, avec autant de ferveur qu’à mes premiers jours au sein de la rédaction de Sudpresse. En espérant prouver que je ne fais pas forcément le cinquième pire job du monde…
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Depuis mon entrée en secondaire, je me destinais à devenir journaliste. Je ne savais pas encore dans quelle branche je souhaitais vraiment me lancer mais je n’avais qu’une idée en tête : informer les gens. Je souhaitais toujours découvrir les coulisses de l’information, tant en radio qu’en presse écrite ou qu’en télévision. J’étais curieux de tout ce petit monde qui avait finalement un contrôle sur un large public. Un pouvoir souvent sous-estimé.
Au fur et à mesure, certainement aidé par mon père, je me suis ensuite destiné vers le sport. Le cyclisme, plus particulièrement. Deux passions combinées en un métier : je ne pouvais en effet rêver mieux. Et j’ai poursuivi mes envies jusqu’à atteindre ce statut de journaliste indépendant, un statut loin d’être rêvé mais qui me satisfait actuellement au vu des différents reportages que j’ai déjà pu effectuer tant en tant que stagiaire qu’en qualité de journaliste.
Je travaille le plus souvent à la rédaction nationale de SudPresse Sports, à Bouge. Je pars en reportage, surtout, quand la saison cycliste bat son plein. Mais cela ne signifie pas pour autant que je suis parti trois fois par semaine à la poursuite des pelotons… Loin de là. Je reste souvent sur une chaise, devant un écran TFT mal nettoyé pour quelques heures de « desk », comme on dit dans le jargon.
Cela ne me dérange pas, loin de là. J’apprécie même fortement mon boulot, qui est aussi un travail de recherche. Une sorte de journalisme assis qu’il ne faut cependant pas dénigrer tant il est aussi nécessaire à l’information fraîche que vous retrouvez chaque matin au pas de votre porte.
Cependant, il est difficile de faire comprendre à ses amis que finalement, la vie de journaliste ne se résume pas à des grands reportages en Birmanie ou au 16, rue de la Loi. Ce temps-là est de plus en plus révolu. Avec l’évolution des réseaux sociaux, le développement du Web 2.0 et la connectivité omniprésente, il n’est plus forcément « nécessaire » de se trouver à l’endroit d’un événement pour le relater au mieux. J’en ai déjà fait l’expérience à plusieurs reprises sur des courses cyclistes. Si vous ne parvenez pas à avoir les acteurs principaux de la course, difficile de réaliser des articles complets alors que les téléspectateurs ont déjà pu découvrir l’interview du podium, un quart d’heure à peine après la ligne d’arrivée.
Une frustration légitime mais qui ne fait que prouver l’évolution des technologies sur l’autoroute de l’information. Toujours plus vite, toujours plus fort. Du coup, ma vision de l’information de mon adolescence a dramatiquement changé. Il n’est plus question d’arriver le plus rapidement à l’information, il s’agit de l’analyser de la manière la plus complète possible. Poser les questions autour d’une information, y répondre ou inviter d’autres intervenants spécialistes à le faire,…
Cette réflexion est encore plus vraie dans la presse écrite où l’obligation de laisser passer 24 heures entre différentes publications oblige les journalistes à se lancer de nouveaux défis. Pour l’information brute, laissons la place à la radio, à Internet voire à la télévision. C’est souvent la réflexion que j’ai entendue. La presse écrite se doit désormais d’être un média complet et complémentaire. Elle n’est plus le média N.1 et se doit de se plier aux évolutions de l’information et des technologies.
Et pourtant, je me suis lancé dans la presse écrite quotidienne, un marché qui va de plus en plus mal. Chaque mois apporte son lot d’innovations pour donner envie au lecteur de rester auprès de son quotidien chéri. Concours, organisation de voyages, concerts ont désormais envahi mon journal. Tant que l’information reste…
Mais je me suis aussi lancé avec la rédaction Internet. Là aussi, il n’est plus question de balancer des informations brutes issues des dépêches ou d’autres sources pour espérer être lu. Il faut toujours innover. Par des sondages, des concours, des articles plus interactifs où l’Internaute, pour la première fois en connexion directe avec les fabricants de nouvelles, peut donner directement son avis, ajouter une plus-value aux textes.
Nous n’en sommes pas encore là au niveau de la presse écrite, qui reste encore un milieu fermé où l’on demande toujours aux journalistes avant tout de faire le boulot d’analyse. Car il ne faut pas oublier qu’il s’agit d’un métier. Traiter une information en toute objectivité est un travail intense. Et certains journalistes que j’ai côtoyés semblent l’avoir oublié, au profit d’une information biaisée qui n’offre que l’hilarité de leurs confrères.
Bref, le métier de journaliste est difficile car il relève d’une nécessité démocratique pour l’ensemble de la population. Je ne parle pas de « difficile » physiquement ou mentalement mais plutôt au niveau de la responsabilité. Alors, certes, mon travail au « desk » n’aidera pas beaucoup le journalisme à avancer, il ne fera pas fantasmer mes amis auxquels je ne pourrais que leur conter mes aventures à Meerbeke sur le Tour des Flandres, il ne sera pas autant reconnu qu’un présentateur de JT. Mais je fais le métier que j’aime et j’espère encore poursuivre de nombreuses années sur cette voie. Que ce soit devant un sale écran TFT ou sur le terrain…
Photo: Flickr – Eleven Eight







